Si d'autre part, nous essayons de pratiquer la méditation, nous nous efforçons de concentrer les forces du mental pour maintenir un courant propice à notre objectif. Mais en faisant barrage à toutes les activités mentales qui viendraient nous perturber, nous laissons de côté la majorité des informations pouvant nous renseigner sur nos conditionnements profonds. Dans notre vie quotidienne, notre capacité de conscience s'exerce aussi d'une manière très sélective, le monde extérieur étant perçu en fonction des orientations de l'intellect et de la recherche de satisfaction de l'ego. Vis-à-vis de notre monde intérieur, nous avons encore moins de discernement véritable, car nous le considérons comme subjectif et l'action menée au dehors paraît toujours plus importante. C'est pourtant le domaine mental qui conditionne notre vie et la manière dont nous abordons le quotidien.
La conscience est ce qui nous distingue de l'animal, c'est elle qui nous permet de penser et de savoir que nous pensons, d'agir et de savoir que nous agissons, de sentir et de savoir que nous sentons. Elle suscite aussi en nous le besoin de prendre soin de notre évolution. Cependant, du fait d'une éducation très pauvre en ce domaine, nous avons bien du mal à comprendre cette faculté et à l'utiliser d'une façon globale et durable. |
- L'usage systématique du souffle calme le mental et augmente notre capacité de conscience. La respiration doit toujours rester confortable, avec un ujjayi subtil et inaudible. Dans les postures, l'adéquation des phases respiratoires avec le mouvement physique permet de rendre celui-ci plus aisé et d'éviter l'apparition de tensions inutiles. Le souffle est notre principal allié, il nous suit de la naissance à la mort et nous pouvons apprendre à l'utiliser à des fins spirituelles.
- La relaxation : une condition physique et mentale favorisant le relâchement est une des clés d'un travail yoguique plus conscient. Lorsque nous sommes tendus dans notre corps ou dans notre tête, notre œil intérieur devient aveugle.
- L'équilibre des forces ida et pingala, le relâchement et la vitalité, est une priorité. Si l'on pratique des exercices augmentant le niveau énergétique dans le corps, il faut en même temps accroître la détente. Si l'on accentue l'aspect relaxation, la technique doit être exempte de toute passivité. On peut comparer ces énergies aux deux plateaux d'une balance que l'on cherche sans cesse à équilibrer.
- Pendant la sadhana, il est souhaitable de prendre conscience des mouvements intérieurs, aussi bien énergétiques que mentaux. Même durant l'exécution d'un asana, nous ne pouvons ignorer l'intervention du mental, pour réaliser le mouvement d'abord, puis par des interférences internes, dissipations ou intentions personnelles qui modifient notre état d‘esprit. Avoir conscience des phénomènes mentaux est un élément indispensable au hatha yoga, comme à tout autre exercice, pranayama, méditation, kundalini yoga… La volonté, quant à elle, ne devrait être utilisée que dans la stricte mesure où elle permet une mise en œuvre. Ensuite, la pratique doit vivre à travers nous. Le « faire », signe d'une identification et d'un désir de valorisation, représente l'écueil majeur à une réelle prise de conscience.
- Dans une sadhana de yoga, il serait souhaitable de pratiquer le pratyahara de la pratique, grâce à un retrait du mental par rapport au monde extérieur et aux sens, et également par rapport au mental lui-même, considéré comme le sixième sens. Au départ, le processus nous permet de mieux connaître nos fonctionnements physiques, énergétiques et mentaux, et d'équilibrer l'ensemble de notre véhicule. A un stade ultérieur, lorsque cette connaissance et cette harmonie sont acquises, nous devons apprendre à laisser ces différents plans pour pénétrer plus avant, au cœur de notre être. Ainsi pouvons-nous atteindre l'aspect inconscient et expérimenter l'union, la transcendance. En cela, et conformément aux textes, on ne devrait pas considérer les huit branches du raja yoga comme une voie séparée mais les associer à toutes les formes de yoga. Ces quelques remarques nous amènent à constater qu'un seul exercice de yoga, quelqu'il soit, d'une simple posture à la sadhana la plus sophistiquée, peut nous conduire au but du yoga si les conditions requises sont respectées. |