Le Yoga définit aussi trois forces fondamentales qui régissent toute notre existence. Ce sont prana shakti, la force vitale qui supervise le corps et l'action ; manas shakti, la force qui guide les facultés du mental ; et atma shakti, la force spirituelle.
La première correspond aux karmendriyas, les organes d'action (les mains, les pieds, les cordes vocales, les organes excrétoires et sexuels), et elle se tourne vers l'extérieur. La deuxième dirige les organes de perception, les jnanendriyas (la vue, l'ouie, le toucher, l'odorat, le goût) et elle est intériorisée. Ces deux énergies ne fonctionnent pas en même temps et leur alternance agit de façon systématique sur nos comportements : soit nous sommes extériorisés et émetteurs, soit nous sommes intériorisés et récepteurs.
La communication est soumise à cette dualité. Dans nos rapports à autrui, nous sommes ou émetteur ou récepteur, mais rarement les deux à la fois. Il n'y a pratiquement jamais d'équilibre et d'utilisation conjointes des organes d'action et de perception. Notre potentiel reste donc en partie inemployé. Ce fait se retrouve au niveau du cerveau, avec un fonctionnement disjoint des deux hémisphères, et au niveau de la respiration, avec l'alternance dans les narines et la prédominance cyclique des nadis ida et pingala.
Or, une réelle communication suppose d'être en même temps actif / émetteur et passif / récepteur. C'est la condition qui permet une conscience permanente et homogène de la situation, de l'intérieur et de l'extérieur, de soi et de l'autre. Si nous restons dans le mode émetteur, nous privilégions l'action ou l'expression, et nous ignorons les réactions de nos interlocuteurs et nos propres sentis. Si nous ne sommes que récepteur, nous perdons la capacité d'agir ; les impressions venant de l'extérieur ou de l'intérieur nous envahissent alors à un point tel que la seule solution est de se déconnecter.
Comment installer un fonctionnement conjoint de prana et manas shakti, pingala et ida nadi, l'action et la perception ? Le but du Yoga est spécifiquement de trouver l'équilibre de ces deux forces à l'intérieur de nous et dans nos relations extérieures. Cela veut dire que nous devons apprendre à être dehors et dedans, actif et réceptif en même temps. Toutes les techniques de Yoga, des postures jusqu'à la méditation, servent cet objectif car elles demandent d'être à la fois acteur et spectateur. Si nous pratiquons de cette manière, en faisant l'exercice et en ayant conscience de toutes les données dans cet exercice, nous mettons en oeuvre notre capacité de double conscience, nous installons l'attitude du Drashta, le témoin, nous utilisons les côtés actifs et réceptifs de notre personnalité. Dans la vie yoguique en général, l'accent est mis sur ces deux facettes : agir, l'inaction étant considérée comme néfaste et être dans le même temps conscient de tous les processus internes et externes qui interviennent dans l'action. Il est expliqué qu'en maintenant un certain temps l'équilibre entre prana et manas shakti, la troisième force, atma shakti ou force spirituelle apparaît. |
Atma shakti surpasse les deux autres forces tout en utilisant leur potentiel et on peut la comparer à une ligne à haute tension, prana et manas étant les lignes électriques à usage domestique. Le corps est notre véhicule, le mental est le conducteur de ce véhicule et l'être spirituel en est le passager. Lorsque notre conscience augmente, ce passager devient actif. Alors, notre corps et notre mental - prana et manas shakti - deviennent naturellement les serviteurs de celui-ci. Un corps en bon état de marche est nécessaire. Un mental qui sait conduire la voiture est tout aussi essentiel. Mais seul le passager connaît la direction qu'il faut suivre, seule l'âme sait utiliser le véhicule de façon harmonieuse, pour son propre épanouissement et celui des autres. Cet être profond se réveille en nous lorsque nous avons installé la paix à l'intérieur. Et l'éveil de cette force nous permet d'accèder à une réelle communication, parce qu'elle abat les murs construits par l'ego et ouvre la porte de l'instant. |